Je n’oublierai jamais ce grand garçon qui venait livrer les courses chez ma grand-mère.
Depuis qu’elle s’occupait de moi à la place de ma mère qui travaillait huit heures par jour dans un gros bureau en ville et à qui, je le découvrirais peu à peu, le don de la maternité faisait complètement défaut, je passais tous mes après-midis après l'école, le moindre congé et toutes mes vacances chez cette grand-mère qui était tout l'opposé de sa fille.
Un beau jour, se sentant vieillir, ma grand-mère accepta l’offre que lui fit un voisin d’envoyer son fils lui faire ses petits achats, et c’est ainsi que je commençai à voir le grand garçon à la porte d’entrée. Ses longs cheveux châtains très lisses lui tombaient sur les joues, et tout ce que je voulais, moi, c’était d’avoir des cheveux comme ça, car le miens étaient bouclés et un peu épais à mon goût. Alors je le trouvais beau. Il était à peine deux ou trois ans plus âgé que moi, mais sa maturité se faisait sentir dans le calme rauque et nasillard de sa voix qui muait. Éventuellement, il demandait à ma grand-mère d’utiliser la toilette et elle le faisait entrer, alors je le voyais en grandeur nature, mince et nonchalant, traverser le salon pour disparaître dans le couloir où se trouvait le petit coin. C’est lors de l’une de ces occasions que ma vie changea.
Comme je le disais, ma grand-mère se sentait vieillir. Elle avait décidé de ne plus avoir de baignoire et faisait construire à la place une douche dont l’accès serait plus aisé. On avait enlevé la porte de la salle de bain pour faire sortir la baignoire et c’est ainsi que, un beau jour, distrait, je tombai sur le garçon lorsqu’il y était. Au lieu de m’excuser et de faire demi-tour, je restai planté à l’ouverture béante qui donnait accès à la pièce carrelée, hypnotisé par la fine torsade dorée qui se développait en vrille à partir de la mi-hauteur son corps, le long de laquelle clignotaient ici et là des étincelles produites par le soleil qui pénétrait généreusement par la fenêtre.
Étant donné que le garçon ne pouvait pas abréger sa besogne, il termina tranquillement puis se tourna vers moi pendant qu’il tirait la fermeture
éclair. Il me salua et lorsqu’il allait me croiser, je ne pus me contenir.
— Tu… tu ne te laves jamais les mains?
Donc sa main avait été en contact avec son « truc » – c'est ainsi que je l'appelais – et il partait comme ça, impunément, me dis-je? Et si ma grand-mère, pour le remercier, avait envie justement d'aller chercher cette même main pour la remplir de bonbons d'un mouvement un peu brutal, comme elle avait l’habitude de faire avec moi? C’était dégueulasse!
— Laisse-moi voir, lui dis-je.
— Voir quoi? fit-il.
Je préférai pointer du doigt ce que je
voulais voir. En fait, je voulais voir si c’était propre; son truc en soi ne
m’intéressait le moins du monde. Le garçon me regarda incrédule, fit mine
de m’ignorer et avança pour passer son chemin.
— Montre-le-moi! insistai-je. Si c’est
propre, tu passes; si c’est pas propre, tu te laves les mains.
Nous étions face à face et j’avais parlé
en maître de maison. Comme il ne se décidât pas, je me mis à déboucler sa
ceinture. Il me laissa faire en ricanant, les yeux rivés sur mes deux mains, mais lorsque je m’apprêtais à déboutonner son pantalon, il m’arrêta.
— Stop, stop! On ne va pas plus loin.
— D’accord, mais tu vas me le montrer.
Il soupira d’un air agacé pendant qu’il rouvrait mollement son jean.
Il portait un slip blanc immaculé. Les miens étaient tous bleus ou rouges, et usés! Donc j'étais curieux. Son truc formait une protubérance arrondie qui me
sembla très volumineuse. Je cherchai le regard du garçon pour ratifier mon
exigence et il tira vers le bas l’élastique de son slip jusqu’à ce que le tout
soit complètement découvert. Son truc avait épousé la forme du scrotum sur
lequel il était couché comme un cygne endormi. Il y avait des poils partout,
des poils châtains assez longs et broussailleux dont la vue me dégoûtait, car
je n'en avais pas, mais aucune odeur particulière ne m’envahit les narines.
— Je peux? demandai-je, en avançant une
main.
Il leva la tête pour regarder vers la porte et prêta l’oreille. Un lointain bruit d’eau qui coule indiquait que ma
grand-mère était à l’extérieur en train de faire la lessive, alors il consentit
que je poursuivisse et j’empoignai la masse foncée et recroquevillée dont
l’hygiène réclamait à tout prix d'être vérifiée. Ce contact l’éveilla
sur-le-champ et elle se mit à gonfler et grandir entre mes doigts, ce qui me fit penser à un de ces grands dinosaures herbivores au long cou dont on n'arrête jamais de changer le nom. Je la relâchai
aussitôt, mais son déploiement suivit son cours et en quelques secondes je pris conscience que j'avais devant moi la vigoureuse marque distinctive de l'homme.
— Alors? Propre ou pas propre? Fit le
garçon, déjà impatient, les mains appuyées à la ceinture.
Sans mot dire, je m’approchai timidement sans pourtant abandonner mon dessein d’y découvrir quelque horreur, mais à part une très légère
odeur chaude – ce qui était normal en la circonstance – rien ne retint mon attention.
— C’est bon. Je te laisse passer, dis-je
en me redressant.
Cette fois, le garçon fut obligé de ranger son truc en le plaquant contre son corps, ce qui moula son slip autrement, comme une longue barre épaisse qui le traversait diagonalement. Je ne pus m’empêcher de le tâter de mon index, avant que la fermeture ne passât en éclair pour ne laisser de tout cela que des images persistantes dans ma mémoire.
La porte de la salle de bain fut réinstallée et je ne fis plus attention à aucune des visites du grand garçon aux longs cheveux lisses, mais ces quelques minutes d'innocente intimité seraient déterminantes pour l'avenir de ma sexualité.
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| « Il portait un slip blanc immaculé. » |

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